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Jean Prouvé par Phillip I. Danzig

Jean Prouvé, croquis de mobiliers d'école

Le constant travail de recherche mené pendant quarante ans par le français Jean Prouvé, architecte industriel, pour améliorer les techniques de fabrication et développer l’utilisation d’éléments métalliques a abouti à la construction d’édifices d’une grande importance.
Après un début de carrière comme artisan (contrairement à Mies van der Rohe) , Jean Prouvé a travaillé de concert avec les plus grands architectes de son pays sur des projets toujours plus considérables. On lui reconnaît la paternité du tout premier mur rideau moderne (en 1936) et, à l’heure actuelle, Jean Prouvé supervise l’avancement des travaux de construction de ce que l’on affirme être l’école à plus haut niveau d’intégration technique et de perfection industrielle de toute l’Europe.
« Je suis de plus en plus convaincu qu’un architecte doit répondre de l’intégralité du projet et non simplement défendre les intérêts de son client face au constructeur » c’est ce que déclare Jean Prouvé.
Cet architecte reconnaît la nécessité d’une plus grande diversité dans les constructions préfabriquées et il préconise à cet égard l’utilisation d’éléments de construction aisément installables et remplaçables. Si la durée de vie utile des composants était plus brève, argumente t-il, il serait plus facile d’adapter une construction à l’évolution des besoins. Ce vieillissement planifié aboutirait à une construction plus « dynamique », pour reprendre sa propre expression.
Comment un tel miracle peut-il s’accomplir ? II suffit seulement d’y croire ; c’est un peu comme, par exemple, la « profession de foi » d’Henry Ford » déclare t-il, puis, il conclut en ces termes « Le moment est enfin venu de mettre en pratique toutes ces idées que l’on a laissé mûrir pendant les trente dernières années, idées qui, finalement, sont désormais admises par les principaux constructeurs ». Jean Prouvé est né à Paris en 1901. Son père Victor, peintre, graveur et sculpteur, a contribué à la création de « l’Ecole de Nancy » avec Emile Gallé, tenant de l’Art Nouveau. A cette époque, le centre industriel de Nancy a d’ailleurs servi de cadre privilégié à la renaissance de l’artisanat dans les arts appliqués, l’objectif de l’Ecole étant de créer de beaux objets qui soient à la portée du plus grand nombre grâce à une fabrication en série.
de 1 500 grands ensembles Tous en admettant l’emploi excessif d’éléments répétitifs, Prouvé revendique le fait qu’il a contribué, en créant un grand nombre de prototypes industrialisés, à orienter l’industrie française du bâtiment vers la production en usine.
En 1952, Prouvé quitte Nancy pour s’installer à Pans où il s’attèle, en collaboration avec d’autres architectes, à la mise au point d’une vaste gamme d’éléments de construction montés en série tels que les structures métalliques de fenêtres et les entrées préfabriquées ; il travaille par ailleurs fréquemment avec Le Corbusier.

Elevé dans ce milieu artistique (Gallé est son parrain), le jeune Prouvé se tourne donc naturellement vers une carrière liée à l’esthétique. Les machines ou constructions — et notamment les automobiles, les avions et les ponts — l’attirent plus particulièrement et il constate à cet égard que l’architecture ne bénéficie d’aucun progrès technologique. 11 décide donc d’apporter sa contribution à ce secteur d’activité apparemment négligé de tous et se fixe alors pour objectif de devenir ingénieur. Il est toutefois interrompu dans ses études par la Première Guerre Mondiale. Pendant toute cette période, Jean Prouvé travaille alors comme ferronnier et finit par ouvrir son propre atelier à Nancy, en 1923.
Dans les premiers temps, il se consacre à la fabrication d’ouvrages métalliques traditionnels tels que des grilles intérieures et extérieures et des éléments d’escalier et d’ascenseur. Mais progressivement, Jean Prouvé — qui, à cette époque, enseigne également la ferronnerie à l’Ecole Supérieure de Nancy — se tourne vers des créations moins conventionnelles. L’une de ses premières commandes importantes lui vient de l’architecte d’avant-garde Mallet-Stevens.
Prouvé met alors au point le premier mur rideau pour une halle à Clichy, « La Maison du Peuple ». Ce mur se présente sous la forme d’une tôle métallique pliée avec précision au moment de la fabrication. Cette innovation vaut à Prouvé le renom d’un créateur soucieux du détail.
A l’approche de la Deuxième Guerre Mondiale, l’atelier de Jean Prouvé jouit d’une réputation grandissante auprès des architectes. Malheureusement, lorsque la guerre éclate, les projets de Jean Prouvé sont de nouveau interrompus et l’atelier doit fermer ses portes. Après la Libération, le Gouvernement charge Prouvé de mettre sur pied un projet de construction
Entre-temps, les milliers d’enfants du « baby boom » de l’après-guerre ayant atteint l’âge scolaire, le Ministre de l’Education Nationale commence à envisager l’Industrialisation des constructions scolaires, solution qui permettrait, pense t-il, de limiter les retards dans l’achèvement des travaux et de contrôler de plus près les facteurs qualité prix. Par conséquent, les services de Jean Prouvé sont de nouveau sollicités.
Prouvé réalise alors une série de structures prototypes devant aboutir à la construction de l’établissement secondaire de Saint-Egrève. Cet édifice, mis au point conjointement avec un groupe d’architectes, fait intervenir une intégration structure/enceinte/éléments mécaniques.
Les colonnes et les poutres sont en forme de « U «pour supporter les raccordements de service, les panneaux extérieurs préfabriqués, les cloisons démontables et les installations. Les éléments métalliques extérieurs — pleins, avec vitres fixes ou avec vitres ouvrantes — sont réunis entre eux par un procédé très simple et sont donc aisément Interchangeables Des panneaux en aluminium sont placés verticalement contre le front des colonnes. Des systèmes d’éclairage légers, fabriqués en usine, sont suspendus aux poutres Le Corbusier a dit de cette construction qu’elle réunissait la pureté, l’apparente simplicité et l’élégance architecturale caractéristiques des œuvres de Jean Prouvé.

 

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