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Steph Simon

Steph Simon à la galerie Downtown

Steph Simon

 

Au début, le nom résonnait à mes oreilles comme celui d’un concept de fabrication moderne, je ne savais pas qu’il s’agissait de celui d’un homme, d’un personnage, que je n’ai malheureusement jamais rencontré, dont le souvenir et la force ont marqué tellement ceux qui l’entouraient que j’ai pu l’imaginer, avec ses passions, ses emportements, ses découragements, mais surtout son en- vie de découvrir, d’entreprendre, de partager. Grand, costaud, cheveux courts et lunettes d’écaille, Steph aimaient recevoir César, Brigitte Bardot, Gérard Philippe, Vadim, pour ne citer que quelques noms des nombreuses personnalités, mannequins, chanteurs, peintres, architectes, qui venaient à ses vernissages. Son bateau “le bourru” – du surnom que lui avaient donné ses amis – était ancré à St Tropez, deuxième pôle de la vie de Steph Simon et de bien de ses proches.

Les vernissages qui réunissaient au sous-sol de sa galerie des passionnés, des clients, des amis, des artistes, toutes sortes de gens attirés par sa générosité, sa clairvoyance, ce quelque chose qui donne l’envie d’être là, là où cela se passe, là où l’énergie et les idées bouillonnent, une sorte de source de vie.
Cette attraction qu’exerçait Steph Simon à travers sa galerie, illustre bien l’ambiance de la création d’après guerre, où, pour la “reconstruction“, les créateurs tentent de s’allier pour mener à bien leurs projets, comme le groupe Espace, initié en 1953 par André Bloc. Cet élan, cette envie ont trouvé, me semble t-il, leur applica- tion dans la galerie Steph Simon. Charlotte Perriand, Jean Prouvé, Serge Mouille, Georges Jouve, Isamu Noguchi, cinq noms incontournables dans le domaine des arts décoratifs du XX° siècle ont apporté leurs idées, leurs créations mais sur- tout leur envie de réussir un projet, projet remarquable parce qu’il illustrait celui qu’ils poursuivaient chacun à leur manière, celui d’un monde meilleur par la créa- tion d’objets justes, utiles pratiques et beaux pour un plus grand nombre. On sait bien les dangers et les dérives possibles issues des utopies, mais je veux retenir de ce courant essentiel du XX° siècle ce qui, à mes yeux, a marqué et donné au “design” la place qu’il a acquise au sein de notre vie, de notre pensée. Poussés par la volonté de créer pour tous, ces constructeurs, architectes, artistes- plasticiens, se sont inscrits dans la tradition des grands mouvements modernes dont Mackintoch et Hoffmann suivis de Breuer et Mies van der Rohe lancèrent, à leurs manières, les bases.

La deuxième guerre mondiale fut l’opportunité pour ces artistes de mettre en application ce dont ils avaient rêvé: fabriquer, réaliser, mettre en pratique une pensée, une réflexion qui les avait réunis dans des groupes tels que l’U.A.M. (Union des Artistes Modernes) et la S.A.D. (Société des Artistes Décorateurs). Leur prox- imité ou leur familiarité avec le monde de l’art leur permis d’imaginer des meubles, des objets avec des matériaux modernes, adaptés aux exigences économiques, matériaux souvent industriels, auxquels ils surent donner leur noblesse par leur utilisation simple, sans fard ni truquage; le métal plié, le bois massif, le papier, la tôle d’aluminium devenaient simplement beaux par ce qu’il en émanait: des formes subtiles, bien sûr, mais aussi une sérénité, une élégance, un raffinement qui semblaient nous guider vers une façon d’être. La modernité qui se dégageait exprimait aussi l’essence et l’origine des choses, des matériaux et des techniques, leur conférant une dimension classique. La forme, l’objet, le sujet, le matériau ne font qu’un. Par leur honnêteté, leur ambition, ces meubles, ces luminaires, accèdent à un autre statut que celui d’objet de décoration, ils deviennent porte- parole d’un projet de vie, oserais-je dire d’un message philosophique, c’est ce qui, à mes yeux, permet ce rapprochement avec le monde de l’art.
Steph Simon pressentit tout cela, prenant contact avec le monde de l’industrie, réalisant de nombreux projets pour des sites industriels. Particularité de cette époque, les projets les plus ambitieux étaient réalisés pour des collectivités ou pour des industries, les commandes étaient spécifiques, certains modèles réalisés en exclusivité, d’où l’intérêt suscité de nos jours pour ces réalisations mais aussi pour la part d’histoire qu’elle représentent.

Charlotte Perriand disait que c’est “l’homme qui l’intéresse”; cela résume parfaite- ment la démarche de ces quelques créateurs exceptionnels animés de cette pas- sion et de cette générosité.
Plus tard, animé de la même passion, malgré les difficultés financières, un homme, Henri Machet, tentait de prolonger cet élan, cette envie, épaulé par Lydie, sa compagne, ils ont continué à chercher de nouveaux artistes et de nouvelles productions et ont organisé plusieurs expositions. Décédé prématurément Henri, m’a permis d’accéder à cet univers, ce monde, qu’est devenu “Steph Simon”, ce n’est plus seulement une galerie, mais un symbole de création, d’invention et de vie. Je salue sa mémoire et les efforts qu’il a fait jusqu’au bout pour tenter de communiquer la lumière et l’âme qu’il avait perçues avec Steph Simon.

François laffanour

 

 

At first, I thought the name sounded like some modern brand concept; I didn’t realise it belonged to a man, to a real person whom I sadly never met. The memory of him and his strength of character left such a lasting impression on those who knew him that I can just imagine what he was like, with all his passion, hisfits of anger and bouts of despondency and, above all, his desire to discover, toimplement and to share. Tall, well-built, short hair and tortoiseshell-rimmed glasses, Steph enjoyed guests like Cesar, Brigitte Bardot, Gérard Philippe, Vadim, to name but a few of the many personalities, models, singers, artists and architects whocame to his private views.
His boat, called « le bourru » (the gruff one) from the nickname given to him by his friends, was anchored off St-Tropez, and was second home to Steph Simon and to quite a few of his friends.
The private views, that took place in the basement of his gallery, attracted enthusiasts, clients, friends, artists, all sorts of people who all flocked in to enjoy his generosity, his perceptiveness, and that certain something that made people wantto be there, there – where it was all happening, there – where ideas and energy bubbled away in a kind of life spring.
The attraction that Steph Simon managed to exude through his gallery illustrates very well the post-war, creative atmosphere of the « Reconstruction ». I: was a timewhen designers would join forces in order to see projects through to fruition, suchas the Espace group, set up in 1953 by Andre Bloc. It is almost as if the fervorand desire within the Steph Simon Gallery got the ball rolling. Charlotte Perriand,Jean Prouvé, Serge Mouille, Georges Jouve, Isamu Noguchi: five great namesin the field of 20th century decorative arts, contributed their ideas, creations andabove all their desire to see a project through, a remarkable project that stood forwhat they were all striving for, each in their own way, of a world made better forthe majority by the creation of appropriate, practical and beautiful objects. We are well aware of the dangers of utopian ideas and how they can veer off-course, but I want to keep to the vital current of the 20th century which, in my opinion, marked and gave « design » the place it has acquired in our lives and thought today. Spurred on by the wish to create for everybody, these manufacturers, architects and artists enlisted in the tradition of great modern movements stemming from Mackintosh and Hoffmann, followed on by Breuer and Mies van der Rohe.
The Second World War created an opportunity for artists to do what they had always dreamed of: creating, realizing, putting in practice an idea or thought whichbrought them together into groups like the U.A.M. (Union for Modern Artists) andthe S.A.D. (Society of Decorative Artists). Their proximity and familiarity with theworld of art helped them design furniture and objects using modern materialsadapted to make them affordable, often even industrial materials made noble by simple, straightforward use; bent metal, solid wood, paper and metal sheeting allbecame simply beautiful by what emanated from them: delicate forms, needlessto say, but also serenity, elegance and refinement appearing to show us the way tobe. The modernity radiating from them also incorporated the essence and origin ofthings, of the materials and techniques, conferring them with a classical dimension.The form, the object, the subject, the material are all one and the same. Throughtheir honesty and ambition these pieces of furniture and lamps acquire a differentstatus to that of ‘decorative object’: they become the spokesmen of a life plan or,dare I say, a philosophical message which, in my opinion, provides them with alink to the world of art.
Steph Simon sensed all this by working with the world of industry and realizing numerous projects for industrial sites. It was especially at that time that the most ambitious projects were carried out for communities and industries, the orders werespecific and certain models made exclusively; present-day interest was arousedby these realizations but also by the chapter in history that they represent.
Charlotte Perriand said that it was man that interested her; this sums up perfectlythe passionate and generous approach of this handful of exceptional creators. Later, inspired by the same passion in spite of financial difficulties, a man named Henri Machet endeavored to prolong this fervor and desire supported by hispartner in life, Lydia Together they continued the search for new artists and newproducts and organized several exhibitions. Prematurely deceased, Henri gave mean insight into this universe, this world that had become ‘Steph Simon’, which isno longer a gallery but a symbol of creation, of invention and of life itself. I honor his memory and the effort he put in to the very end to attempt to communicate thelight and soul that he had himself discovered with Steph Simon.

François laffanour

 

 

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Vitrine le soir exposition Noguchi

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Intérieur de la galerie Steph Simon – circa 1956

 

 

Texte publicitaire qui annonce l’ouverture de la galerie Steph Simon à Paris.

Steph Simon : mobiliers de Charlotte Perriand, Jean Prouvé, Serge Mouille et Jean Royère. C'est une publicité.

MEUBLES ET ELEMENTS D’EQUIPEMENT DE CHARLOTTE PERRIAND ET JEAN PROUVE.
Nous sommes informés qu’en décembre prochain s’ouvrira, 145, boulevard Saint-Germain, a Paris, une nouvelle galerie
dirigée par Steph Simon. Celui-ci entend se consacrer uniquement à la présentation des éléments de mobilier ou
d’équipement, étudiés pour la fabrication en série par Charlotte Perriand et Jean Prouvé. Pour les luminaires,
la Galerie aura l’exclusi-vité de lampes très originales du sculpteur Noguchi. Souhaitons plein succès à cette heureuse initiative.

 

 

Galerie Steph Simon, annonces Charlotte Perriand, Jean Prouvé, Serge Mouille et Jean Royère.